Une vision à long terme de la crise mondiale de 2008



Nous nous sommes très largement trompés en ce qui concerne la crise mondiale de 2008. Beaucoup de spécialistes se sont concentrés sur des évidences, à savoir la crise financière et les crises de crédit la précédant. La façon dont les événements se sont enchaînés est assez floue : une cascade d’erreurs, des crédits gelés, une implosion du système financier avec des répercussions mondiales. Ce qui implique qu'une fois que le crédit sera rétabli et que les indicateurs de la bourse mondiale auront recouvré leur santé, nous seront hors de danger.
D'autres spécialistes ne s'arrêtent pas au secteur financier et vont plus loin. Ils s'intéressent aux changements de structure industrielle résultant de la crise de 2008, aux sables mouvants de la compétitivité et à la menace de la désindustrialisation et d'un chômage massif dans certaines industries importantes de l'occident, comme l'industrie automobile aux États-unis.
Nous essayons d'aller plus loin, de faire une analyse structurelle des changements fondamentaux de l'économie mondiale. 2008 restera dans l'histoire comme un tournant dans la base des relations entre le Marché et l'État. Depuis 1980, les gouvernements ne s'impliquent plus, que ce soit d'un point de vue économique ou social. Les années quatre-vingt furent marquées par la révolution de Reagan et Thatcher dont la philosophie était de réduire la taille et la responsabilité de l'État au profit du Marché. Cette philosophie était concrétisée en quatre points : déréglementation,
privatisation, rupture avec la philosophie de l'État Providence, et avant tout la libération progressive du commerce international, au profit d'un flot non contrôlé de marchandises, de services et tout particulièrement de fonds dans le monde entier.
Cette philosophie libertaire qui dit que le meilleur gouvernement est le gouvernement le plus réduit est à présent violemment attaquée, et ses défenseurs sont peu nombreux et isolés. Même les défenseurs les plus ardents de l'infaillibilité du Marché (les soi-disant fondamentalistes du Marché comme par exemple l'ancien membre de la Réserve Fédérale Américaine, Alan Greenspan) ont fait leur mea culpa et reconnu qu'ils avaient surestimé la capacité à se renouveler des marchés libres autonomes. Adam Smith a dit que si les hommes étaient des anges, nous n'aurions pas besoin de gouvernement ou de lois, mais comme que ce n'est pas le cas, nous avons besoin de l'État. C'est encore plus vrai aujourd'hui que cela ne l'était au 18e siècle.
Le président américain Barack Obama semble déterminé à modifier l'équation fondamentale qui réunit Marché et État. Le président Nicolas Sarkozy a déclaré la mort du capitalisme sauvage en France. Gordon Brown a nationalisé une grande partie du système banquier britannique, opération qui marque une rupture avec le passé. L'intervention massive de l’ex administration Bush qui a permis un renflouement de 700 milliards de dollars était particulièrement étonnante pour un gouvernement conservateur. Le message était clair : retour à la case départ. On ne sait pas encore ce qui va remplacer le système actuel. Ce à quoi va ressembler le futur sera le centre des activités de la Nouvelle Ecole d'Athènes dans les deux ans à venir et sera analysé à travers des conférences, des études et des formations. Dans ce numéro de PKB, la Nouvelle Ecole d'Athènes s'est intéressée à une question plus spécifique. Quoi qu'il arrive entre le Marché et l'Etat, est ce que le système institutionnel mondial est prêt à accueillir ce nouvel ordre mondial ? Cette question est loin d'être de peu d’importance car les mesures nécessaires ne peuvent être prises sans l’institution d’un système mondial.
Pour aller plus avant dans cette réflexion, nous vous proposons plusieurs pistes : Olivier Giscard d'Estaing s'intéresse plus précisément aux ressorts de la crise financière et à la gouvernance mondiale. D’autres articles suivent, consacrés à la réforme du système institutionnel mondial. Sebastian Zacharia s'est intéressé à une éventuelle réforme des Nations Unies, alors que John Mc. Clintock s'est posé la question d'une adaptation mondiale du modèle de l'Union Européenne. Andrew Strauss a analysé l'efficacité potentielle d'un parlement mondial.
La réforme des institutions mondiales est un premier pas nécessaire, mais comme le dit l'adage, il n'est vent favorable que pour celui qui sait où il va. Nous devons identifier les différentes destinations et les objectifs sociétaux les plus importants. Il s'agit de savoir si nous avons réellement les moyens d'aller au bout de nos ambitions.

Kimon Valaskakis, président de la Nouvelle Ecole d'Athènes